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Confiance en soi, potentiel, être bon. Autisme.

Oui, je m’amuse à faire des photos cheloues en ce moment. C’est aussi de la confiance versus résultat final : je ne m’attends à rien, je fais plein de photos, sans rien prévoir, et j’attends de voir ce qu’il en sort.

La beauté des mots m’échappe. Rien de magique ne se produit, aujourd’hui. Mon histoire en cours m’échappe. La trame était si belle, cinq heures de voiture pour une idée. Mais je m’oppresse, je m’abrutis d’images, d’histoires faciles. Pour contenter ma concentration heurtée, ma faiblesse d’esprit. Pour souffrir des émotions des autres, catharsiser les leurs. Prétendre que je sais ressentir : je n’aime que l’amour. Les belles histoires. Le rejet, le malgré-tout, la destinée cruelle et inéluctable.

Fabriquer ma vie. Assumer ma liberté, mon libre-arbitre, c’est bien trop compliqué.

Jonas ou l’artiste au travail, Camus : c’est plus simple d’avoir confiance en son étoile qu’en soi. De savoir qu’on sera touché par une grâce qu’on ne maîtrise pas. Qu’on navigue dans un rafiot dont on ne tient pas la barre.

Des années à aller à l’encontre de mon esprit. Bien sûr, j’ai appris à lui faire confiance. À lui pardonner son inefficacité crasse, ses éternités de vide : selon les mesures des autres, il suffit. Selon ses mesures-là, il est même largement à la hauteur, il devrait être loué, admiré. Il faut juste cacher son effroyable secret : il pourrait faire tellement plus. Ce qu’il offre au monde – ce que je réussis à en tirer -, ce n’est que des miettes. Un vaste vide que soudain habite la performance, adoubée par le monde.

Et moi, qui suis-je ? Le potentiel ou le résultat ? Les livres que j’ai rêvés, ou ceux que, par miracle, j’ai pu écrire ?

Je flotte. Ai-je confiance en moi ?

En ma capacité à jeter en pâture, aux autres, quelque chose qui suffira, peut-être. Mon mépris pour leur niveau d’exigence – vous vous contentez de bien peu, je vous assure. Ma peur terrible d’être enfin démasquée, que l’étoile se soit éteinte, que soudain je ne sois plus capable d’être socialement acceptable, de répondre aux exigences. Parce qu’alors, si je devais travailler, si je devais en faire autant que les autres ? J’ai l’impression déjà de survivre à peine, pourtant.

Mon écrasement, face à leurs attentes, pourtant. Parce que le résultat importe peu : on m’a appris que c’est le voyage, le mérite, l’intention qui comptent. Je suis à la hauteur de leurs attentes matérielles. Je suis misérable face au reste. Coupable. Même mes bonnes actions sont coupables, faites pour de mauvaises raisons, égoïstes, vaniteuses, pas assez volontaires, pas assez intentionnelles. Je ne fais jamais de mon mieux.

Paraît-il, cependant, que nous avons des cuillers, des possibilités. Autre potentiel, beaucoup plus limité : soudain, je ne suis plus Hermione Granger, petit génie, élève avec des facilités. Je suis handicapée. Les labels changent la donne : je ne pourrai jamais être à la hauteur de mon potentiel fantasmé dans l’enfance. Ma rationalité, qui confine parfois à l’indifférence pour l’autre, n’est pas une grandeur d’âme, mais quelque chose qui me manquerait, qui me ferait défaut. Un handicap, total, profond – une incapacité à l’endroit immense qu’est l’autre. Un trou noir là où devraient être ma normalité, mon acceptabilité. Ou juste une différence, une façon d’être et de penser légitime – je m’auto-censure en écrivant. Ne pas être entièrement honnête sur la texture de ma pensée, ne pas avouer, je ne suis pas acceptable si mes intentions ne sont pas toujours, purement, altruistes.

Bien sûr, comment le seraient-elles ?

Souvent, quand j’ai ce genre de conversations avec ma psy, elle me répond : je crois que c’est pareil pour tout le monde. Mais les autres se posent moins de questions. Ils se racontent des histoires dans lesquelles ils ont un joli rôle. Et moi, je me débats dans mes histoires de chevaliers, de saints mystiques, de bonnes personnes. Dans mes nuances et mes contradictions.

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