Le haut potentiel est généralement assimilé au haut QI, soit un chiffre de 130 ou 132 obtenus aux tests accrédités WISC (pour les enfants) ou WAIS (pour les adultes). Cela correspond environ à 2,3% ou 2% de la population, et se situe à deux écarts-types de la moyenne.

Le haut QI, c’est donc ces 2,3% de la population qui réussit le mieux les tests psychologiques. Ces tests sont étalonnés selon l’âge et le pays de la personne, et basés sur les statistiques. Le résultat se situe théoriquement entre 40 et 160, même si certains scores peuvent sortir de ces balises, mais plus les scores s’éloignent de la moyenne de 100 pour atteindre des valeurs aberrantes, moins ils sont considérés comme fiables.
Nickel, est-ce que ça veut dire que les surdoués sont très intelligents, des super-calculateurs qui réussissent tout ce qu’ils entreprennent ?
Pas vraiment. La douance, beaucoup voit également ça comme une façon différente de fonctionner et de faire l’expérience du monde.
D’après Jeanne Siaud-Facchin, notamment, psychologue qui fait figure de référence sur la douance, le surdoué est caractérisé par son empathie, sa sensibilité et sa pensée en arborescence.
Autrement dit, penser beaucoup, tout le temps et dans tous les sens, se mettre à la place des autres, recevoir des inputs sensoriels et émotionnels, partout, tout le temps et dans tous les sens. Avoir un sens de la justice souvent développé. Être curieux, de tous les sujets ou de quelques uns, en profondeur.
En même temps, il y a généralement consensus sur le fait que les surdoués sont très différents les uns des autres, et que, par exemple, un HQI peut fonctionner de manière plus proche d’une personne dans la moyenne que d’un THQI.
Pour Carlos Tinoco, Sandrine Gianola et Philippe Blasco, la douance, c’est d’abord une façon différente de faire sens dans le monde. Pour la plupart des gens, le sens qu’on donne à la vie viendrait d’un ensemble de courants de pensées qui s’imbriquent pour construire l’identité d’une personne. Pour le surdoué, le récit collectif ne parviendrait pas à faire sens, et la douance, ce serait finalement cette tendance à remettre en question les récits, et la nécessité de toujours explorer et de créer son propre sens.
C. Tinoco, S. Gianola, Ph. Blasco, Les Surdoués et les autres, penser l’écart
« Il y a deux manières de considérer cette valeur [donnée à la vie] qui transcende le temps et permet de le mettre en récit. Soit on suppose qu’elle existe déjà, mais je ne vois pas comment tenir cette hypothèse sans admettre aussitôt l’existence d’une divinité qui la garantit, soit il faut admettre qu’elle est une création de l’esprit humain employant, d’époque en époque, de cultures et cultures, toutes les ressources de son imagination pour faire surgir une hiérarchie entre les choses et les actes, dans un élan dont l’arbitraire donne le vertige. » p. 53
“Cela oblige le sujet, s’il ne veut pas sombrer dans la sidération, à tisser un récit singulier de manière beaucoup plus active que dans le fonctionnement typique, mais cela peut tout aussi bien le condamner à n’avoir comme récit singulier qu’une trame incohérente, lacunaire, le protégeant mal d’un écartèlement constant.” p. 242
Zèbre, surdoué, enfant précoce, doué, HPI… Il y a beaucoup de mots, beaucoup de situations aussi, et pas toujours consensus de la part des psychologues, scientifiques, et surdoués eux-mêmes. Tout cela est encore compliqué par la forte pression ressentie par certains de se conformer, notamment un certain nombre de femmes surdouées. La douance, alors, peut-être invisible pour l’entourage, cachée par un faux self.
Tous les surdoués sont-ils malheureux ?
On a souvent ce cliché de l’artiste maudit ou du cynique malheureux (et, adolescente, Rimbaud et Docteur House étaient mes idoles…), mais beaucoup de surdoués vivent bien leur douance !
Pourtant, il y a des défis, des accompagnements parfois nécessaires, et des HPI qui souffrent horriblement de l’absurdité du monde, ou des stratégie d’adaptation qu’ils ont mises en place et qui, si elles les rendent conformes et adaptés à leur environnement, les rendent malheureux dans leur tête. Souvent, les surdoués se sentent en décalage, par exemple dans le monde du salariat ou les interactions sociales, qui forcent les surdoués à s’adapter, ou à se construire un monde à leur préférence.
Personnellement, j’essaie encore de le construire, ce monde. Et c’est une aventure et un défi permanents.
C. Tinoco, S. Gianola, Ph. Blasco, Les Surdoués et les autres, penser l’écart
“Quand on ne peut s’appuyer sur les récits collectifs, la seule possibilité d’entrer dans la pensée d’un temps long, qui ne soit pas juste celui d’une perte, simple course vers la mort, est de faire de son histoire singulière un conte initiatique.” p. 309

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