J’ai la flemme. Combien de fois l’ai-je dit. Envie de ne rien faire. De faire disparaître le temps, ou de profiter de mon inactivité, selon le moment. Laisser le temps passer en l’abrutissant de contenus faciles, ou m’immerger dans une lecture ou une création.

Un autiste américain, Devon Pierce, a écrit que la paresse n’existe pas. Partout sur Instagram, ce meme : si c’était de la paresse, tu ne serais pas en train de te flageller, de te sentir coupable de ne rien faire.
J’aimerais bien, cette paresse qui se satisfait d’elle-même, qui ne considère pas que le temps improductif est du temps perdu. Et le capitalisme, et la méritocratie, qui nous susurrent pourtant qu’il faudrait toujours… faire. Quelque chose. La maison est en travaux : le samedi après-midi devant la télé devient coupable. J’ai un livre en cours d’écriture : pourquoi suis-je donc en train de regarder une vidéo sur Youtube, surtout que je l’ai déjà vue au moins cinq fois. Et le monde d’aujourd’hui : pourquoi suis-je en train de scroller sur Insta, au lieu de faire quelque chose qui a de la valeur, de légitime, ne serait-ce que lire un livre ?
Bref, j’ai quelques soucis avec la notion de productivité, et celle de fatigue, et celle d’effort.
Déjà, la société juge les activités, même de loisir. Lire un livre, c’est mieux que scroller sur Insta. Lire un essai ou un classique, c’est mieux qu’un Harlequin chaud bouillant emprunté à la salle commune du camping, ou le Chair de poule que j’ai piqué à mon petit frère. Mon prof de lettres de prépa disait : Amélie Nothomb, c’est de la littérature de gare. Je suis à peu près sûre qu’il n’en avait pas lu un seul. Au passage, vous voulez savoir qui d’autre publiait un bouquin par an ou plus : Balzac, par exemple. Zola, pendant les Rougon-Macquart, me semble-t-il.
Bref. La notion de temps utile est compliquée. Iil faudrait que notre temps rapporte de l’argent ou corresponde à des listes de choses à faire. Ou peut-être juste qu’on apprécie l’instant ?
Le repos, la sociabilité… En tant que tel, ils n’apportent rien, pas d’argent, pas de connaissance. Mais, bien sûr, ils sont importants.
Après, est-ce qu’on se repose vraiment l’esprit en scrollant sur Instagram, en revoyant la même vidéo dix fois ? Depuis que je me renseigne sur l’autisme, il semblerait que oui, dans le deuxième cas au moins. Revoir des vidéos, c’est rassurant, c’est le principe du confort show.
Et franchement, il y a des moments où rien ne me rend heureuse. Je me suis levée du pied gauche, mes plans ont été changés au dernier moment (merci, la grève des contrôleurs aériens qui a annulé mon week-end entre potes sans mon consentement), je m’angoisse pour X ou Y raison. Même si je peux faire ce que je veux, théoriquement – lecture, vidéos, scroller à l’envi, ou plutôt ad nauseam, je n’ai envie de rien. Ou je fais ce que j’aime d’habitude, et je suis toujours d’une humeur de chien. Les vidéos se déploient, se déroulent, je n’écoute rien, j’en veux au bruit et au monde entier. Une bonne journée. Et c’est d’autant plus dur de se pousser à faire quelque chose de productif, même si le sentiment de productivité est souvent bénéfique à cet état : il permet, lui-aussi, de contrôler un peu l’angoisse.
Bref. Faire ou ne pas faire, telle est la question (question à la con parce que je suis de mauvaise humeur et que si cette journée pouvait s’arrêter ou juste mon humeur de merde, ce serait cool, merci, au revoir).
(Au moins j’ai été inspirée pour écrire un article, ça m’a fait me sentir un tout petit poil mieux. Et j’ai mangé deux Snickers glacés aussi. Valeur sûre. Ou pas, parce que j’aime bien me torturer aussi de ne pas assez me contrôler sur ça, etc. À ce stade, je me fatigue, alors à la semaine prochaine).
(J’ai tapé « lazy » dans le moteur de recherche de photos libres de droit et y avait presque que des chats et des chiens, j’aime le concept).
(Episode offert par le TDAH).
(Et si j’allais me refaire une glace ?)

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