La Vérité Vraie, la Bonne Vie et autres idéaux inatteignables

J’écris sur ce blog depuis deux ans. Deux années riches en rebondissements, diagnostics, progrès, changements. Riches en moments tristes, en désespoirs, mais aussi, et c’est un peu nouveau, en espoirs, en rêves, en partages.

Ce blog, et Instagram, c’était l’opportunité de me révéler au monde. Me jeter dans le vide, renoncer à ce qui m’avait étreint le cœur depuis toujours : cette idée que je devais me cacher, me conformer, être ce qu’on attendait de moi. Sans même qu’on me le demande ou qu’on réprouve mes comportements.

Être grande, rationnelle, sage et réfléchie. Épargner mes difficultés, mes mal-êtres, mes détresses à mes proches, être persuadée que c’était le lot de chacun, de faire des efforts, de suivre les règles malhabilement déchiffrées, d’appliquer de grands idéaux construits à force de lectures et d’histoires. La politesse, la noblesse d’esprit, une forme d’esprit de chevalerie, de courtoisie. Quelques soupçons d’idéaux judéo-chrétiens, un peu de méritocratie républicaine : me voilà enfant, croyant que c’est ça la vie. C’est ça devenir adulte, c’est ça être une bonne personne : élucider les règles, atteindre une certaine forme de Vérité Vraie, et savoir ce qu’on doit faire. Et je ne suis pas très douée pour ça : je vogue, j’avance à tâtons, je ne suis jamais à la hauteur de mes idéaux. Je ne travaille pas avec plaisir, je n’apprends pas avec exaltation, je ne fais pas la charité avec joie. Je doute, de tout. Je ne suis pas vraiment heureuse, je ne sais pas vraiment quoi faire de ma vie : autant être parfaite. Pas pour les autres, mais parce que c’est ce qu’il faut faire. Pas pour rendre fiers mes parents, ou moi-même, mais parce que, sinon, je suis une Mauvaise Personne. Tout simplement parce que je ne me pose pas vraiment la question (et pourtant, je m’en pose beaucoup) : c’est ça la vie. C’est comme ça. Je développe ma passivité en avançant dans la vie, je subis mes idéaux.

Là, je ne m’en sors pas trop mal. Malgré tout, malgré moi, je réussis, d’un point de vue sociétal : j’obtiens mes diplômes, presque brillamment, je travaille, j’achète un logement, je me mets en couple. Je me sens passive et empruntée. Comme si je devais tenir la barque de la vie d’une autre, comme si quelqu’un allait me récompenser au bout du chemin d’avoir tout bien fait comme une gentille petite fille sage. Je n’y crois pas, pourtant. Et pourtant, j’ai ces formes de valeurs, d’idéaux, de perfectionnisme étrange, auxquels je m’accroche. Quand je suis diagnostiquée autiste, je pense pourtant ne pas avoir d’idées rigides, « en noir et blanc ». Au contraire, je doute de tout, j’ai besoin de dix points de vue sur chaque sujet. Sans vraiment en choisir un. Pour comprendre ceux des autres.

Je tiens les autres à une autre morale, à d’autres standards que les miens. Il paraît que j’ai du potentiel, que je suis un peu exceptionnelle : j’ai intérêt à être à la hauteur. Non seulement être sans reproches, mais aussi me tisser une vie fantastique. Je rêve de grands destins, de grands inventeurs, de grands écrivains, de grands voyageurs. Persuadée que je pourrais tout faire et écrasée par l’idée d’avoir à vivre et inventer ce grand destin. Entre un orgueil délirant et un sentiment étouffant d’échec moral, de petitesse.

Je ne crois pas, je ne crois plus en la Vérité Vraie, aux absolus. Pourtant, ils sont toujours là quand je me demande quoi faire de ma vie !

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