Le silence et le bruit sont un sujet permanent, l’ont toujours été, même si mon diagnostic l’a fait ressortir. De façon intéressante, j’avais l’impression que ce sujet m’était arrivé en même temps que l’étiquette, presque de façon auto-suggérée. En fait, déjà à quatorze ans, j’avais commencé un roman sur le silence. La Reine du silence. Une jeune fille de neuf ans n’en peut plus des stimulations du monde social et de son bruit permanent. Ayant survécu à un accident de voiture, elle ne parle plus, devient mutique, prétend être devenue sourde. J’ai plusieurs pages qui décrivent le rejet du monde social et sensoriel, une sorte de shutdown autistique, et la décision d’arrêter de parler.
À part ça, le sujet est nouveau, hein…
Je ne sais pas placer ma voix. Même si j’en ai l’impression. On me dit souvent que je parle trop fort. Ou on n’entend pas ce que je dis. J’entre dans une pièce, je dis bonjour, je réponds à une question : personne ne se tourne vers moi, personne ne m’a entendue. J’entre et je sors des pièces sans être remarquée. Je dis merci et on me reproche bruyamment d’être impolie : on ne m’a pas entendue. Ayant bu de l’alcool, on me dit que, pour une fois, je parle assez fort pour être entendue. Mais dans un contexte où il faut chuchoter, on me dit « calme-toi », « pourquoi tu parles si fort », « chut ! ».
On dit aussi que, quand je parle, ma voix transpire parfois la peur.
Je fais du bruit quand je marche, disproportionnellement à mon poids. Je marche en tapant les talons, bruits sourds.
J’entends des micro-bruits, et pas du tout d’autres, beaucoup plus forts. Je suis gênée par le tic-tac des horloges ou le bruit répétitif d’un robinet qui goutte, mais pas vraiment par une fête dans l’appartement au-dessus. Je suis entraînée par la radio, la télé : si elles sont allumées, je ne peux pas m’empêcher d’écouter, cela contraint mes pensées. Mais, souvent, on comment ce qui s’y est dit, et je n’en ai aucune idée. Je supporte mal la musique, surtout en « bruit de fond ». Surtout en séquences de 10 secondes sur des reels insta, les uns après les autres.
À 28 ans, j’ai recommencé à écrire un roman sur le bruit et le silence, sur la fuite et le besoin du monde social. Je suis en train de le terminer. De boucler cette boucle.
Voir aussi : la chambre anéchoïque

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