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Rencontre avec Amélie Nothomb

Cet été, j’ai rencontré Amélie Nothomb. En juin, elle m’avait dit dans une lettre, je cite : « PS. : je serai à Morges au Livre sur les quais le 5 septembre. »

C’est très beau, Morges

De base, je ne suis jamais allée à des événements type dédicaces ou festival du livre. Pour être honnête, ça ne me fait pas envie. J’adore les livres, mais pas nécessairement le monde social de l’édition, et la rencontre avec les auteurs ne m’attire pas vraiment. Je savoure leurs mots, seule avec eux, je me glisse dans leur tête : les rencontrer en personne, c’est me confronter au malaise social, au manque de fluidité. Au « Mais qu’est-ce que je pourrais bien lui dire ? » et au encore plus triste « Hmm, je l’imaginais autrement ».

Je me fais une idée complexe des auteurs à travers mes lectures : qu’est-ce qu’une rencontre de deux minutes, une signature sur l’objet physique qu’est le livre, apporterait à ça ?

En plus, je ne saurai pas quoi dire. En plus, je ne serai qu’une des milliers et milliers de personnes à qui l’auteur a signé un bouquin, demandé « c’est pour qui ? », et adressé un petit sourire en pendant au train qui l’attend ce soir ou à son envie de se barrer de cet événement qui n’est pas la partie préférée de son travail. Bref, ce genre d’événement est un peu bizarre pour moi, et j’imagine que, si j’étais un jour invitée dans ce genre d’endroit en tant qu’auteure, ce ne serait pas mon moment préféré. Comme si dans ce genre d’événements, j’étais plus autiste qu’ailleurs.

Sauf que… c’est elle qui m’en avait parlé, et je me sentais « invitée ». Et Amélie Nothomb, ce n’est pas n’importe quel auteur. Sa réputation, c’est qu’elle parle à chaque personne, qu’elle les reconnaît, qu’elle ne fait pas que signer et grogner « au suivant ».

J’y suis allée, j’ai fait la queue pendant deux heures – bien sûr. Petite pensée aux autres auteurs qui patientaient à leur stand sans visite. Le lieu était magnifique, au bord du lac. Hasard du calendrier, mes parents étaient là aussi. J’étais stressée. Je ne savais pas comment ça se passerait, quoi dire, j’essayais de fomenter une façon cohérente de me présenter pour qu’elle me reconnaisse, tout en me disant qu’elle ne me remettrait peut-être pas (mais à part ça, je me dis souvent que je ne scripte pas mes conversations…).

Elle a reconnu le gars avant moi dans la file d’attente. Il était venu une fois à une signature, deux ans plus tôt. Cette mémoire me fascine. Je me suis présentée en lui offrant mon premier livre, celui que je ne lui avais pas envoyé par la poste – je me sens chaque fois si empruntée, si présomptueuse de lui « imposer » une lecture. Elle m’a remis tout de suite. « Oh, c’est vous ». C’était étrange et un peu magique. Je n’ai presque rien dit, elle a parlé un peu. De mon apparence, de ma dernière lettre – arrivée trempée par la pluie, de lire mon livre dans le train qui la ramènerait à Paris. De ses parents, perdus, sujets de ses deux derniers livres : les miens étaient là. Elle m’a dit d’en profiter.

Elle m’a dit qu’elle n’était pas sûre que je viendrais, mais qu’elle l’espérait.

Elle a signé mon livre – le dernier, offert par mes parents pour mon anniversaire. L’instant s’est terminé.

Je tremblais. Le monde était étrange. Moi qui pense si souvent que rien n’existe, que le monde réel n’est pas réel, le monde réel m’a touchée, un instant. La magie du social : je le fuis, pourtant c’est seulement dans le monde réel que les choses prennent du sens. Que la connaissance, la beauté, l’intérêt arrivent.

Quelques jours plus tard, je recevais une nouvelle lettre, compte-rendu de sa lecture de mon premier livre. Elle avait aimé.

Amélie Nothomb, du champagne, mon premier livre : que demande le peuple ? 🤯

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