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Accommodations au travail, partie 1

Je vais commencer un nouveau travail. J’ai candidaté parce que je savais que le N+2 lisait mon blog, et je trouvais ça intéressant. Il se trouve qu’en plus, j’avais les bonnes qualifications !

C’est un boulot de business analyst dans l’informatique, si ça intéresse quelqu’un. En gros, comprendre ce que les utilisateurs d’un logiciel veulent et de quoi ils ont besoin, et faire en sorte que le logiciel évolue dans cette direction.

Avant de commencer, ma future cheffe et son chef (le fameux !) ont voulu me parler, et me demander comment adapter au mieux mon environnement et les exigences de mon travail, à mes différences cognitives.

Et là, le blanc. De quoi ai-je besoin ? Que puis-je demander sans « abuser », sans faire de moi quelqu’un d’inemployable, d’asocial, voire de mauvais ?

Cette question m’a mise face à toute la culpabilité que j’éprouve, tout le fondement de cette injonction que je ressens à me conformer, à « faire ce qu’on attend de moi », et à jouer le jeu. À admettre que je vis dans un jeu absurde mais que je dois en suivre les règles. Je me disais pragmatique, j’en étais même relativement fière : le monde est un gourbi absurde, un magma social aux mille règles entremêlées, sans sens, dont on peut jouer. Et, souvent, j’ai bien joué. J’ai eu des bonnes notes, suis passée sous le radar des comportements jugés problématiques, ai même pu développer un masque de personne parfois mystérieuse et brillante, cynique, efficace, qui m’a protégée toutes ces années.

Ce que je suis est inentendable, et indicible.

Culpabilité de Noémie, 1996-?

En m’imaginant cette discussion, avant qu’elle ait lieu, je me demandais ce qui était acceptable. Être honnête, oui – c’est une occasion inédite, et qui probablement ne se représentera pas sous cette forme. Être honnête, mais tout me soufflait que je ne pouvais pas l’être entièrement. Que ce que je suis est inentendable, et indicible. Beaucoup de culpabilité internalisée : je serais fainéante, inconsistante. Je n’aurais pas envie de travailler. Envie de rentrer chez moi, dormir un siècle. Pas envie de m’intéresser à des sujets qui ne m’intéressent pas (!). Pas envie de perdre le sommeil, de souffrir sous la pression d’un sujet qui sera entièrement oublié, dans dix jours, dans dix ans, qui, dans le grand schéma des choses, n’a pas d’importance. Je travaille actuellement dans une banque. Dans quatre milliards d’années, la terre aura explosé. Dans cent ans, je serai parfaitement oubliée. Le calculateur de taxes dysfonctionne, est-ce que c’est grave ?

J’aimerais pouvoir dire, simplement, de quoi j’ai besoin. Je n’ai jamais eu l’occasion d’y réfléchir, de l’expérimenter. Un peu de silence et de tranquillité, une supervision sans micro-management, du télé-travail et une semaine de quatre jours, ça pourrait aider, certes.

Ce dont j’ai besoin, c’est du sens. De l’humanité. De l’enthousiasme. C’est pouvoir faire face à la routine et aux contraintes sans sentir que je vole du temps à ce qui est important, sans avoir l’impression que je veux fuir.

Comment peut-on dire ça ? Et quelles accommodations cela représente-t-il ?

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