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Pensées de petite maladie

J’ai été malade, récemment. Rien de grave – rhume, légère fièvre, fatigue…

C’est toujours l’occasion d’être forcée à se reposer, et de réfléchir à quelques points.

Comment je vis la maladie

Être « plus autiste », avoir une autre personnalité

Quand je suis malade, je ne me sens pas moi-même, pas « en contrôle ». Vulnérable, faible. Stupide, un peu, en opposition. Je ne veux rien faire. Je dis non à tout. On me propose un médicament, je veux dire non. Une solution, une activité, tout m’est indifférent. Je me replie sur moi-même. Je veux qu’on me laisse tranquille. J’ai du mal à faire semblant.

J’ai mal à la tête, le bruit de l’autre, le travail de bureau est d’autant plus fort et insupportable. Maintenant que je suis diagnostiquée, je me sens « plus autiste » : j’ai plus de mal à compenser, à me forcer, à être « normale », à faire mon travail. À accepter des défis car « j’aime me challenger ». C’est comme si les capacités de compensation que j’ai disparaissaient. Soudainement, je suis quelqu’un d’autre, je ressens plus d’anxiété de l’avenir et d’anxiété sociale, plus de difficultés à faire des choses au quotidien.

Se sentir inutile et vulnérable

Je me sens inutile et vulnérable : je ne fais que dormir, encore plus que d’habitude. Si j’étais toute seule, je ne suis pas sûre que je mangerais. Je n’ai pas d’envies sur ce que je veux faire ou regarder. Je perds le contrôle, je n’ai plus vraiment la main. La situation doit être plus pressante pour que je remettre mon masque.

Le calme dans ma tête

Étrangement, cette maladie, je n’avais mal nulle part : je ressentais surtout une certaine fièvre et une grande fatigue, une sorte de vide, de brouillard mental, qui était assez différent du fait de devoir gérer de la douleur. C’était calme, je ne sentais pas grand chose, sans sentir le désespoir que j’associe habituellement au fait de « me sentir vide ».

La douleur, c’est autre chose. J’ai déjà eu mal en étant malade : j’apprends à gérer la douleur. Elle m’occupe et me fait disparaître à moi-même. Temps en pause. Là, c’était une pause différente.

Hors du temps

Je ne me suis pas arrêtée, au travail, mais j’ai végété un week-end entier, sans rien faire, presque sans souvenirs. Hors du temps. Le temps ne passe pas. Et, hors du temps, je me pose des questions, vaguement, douceâtrement, presque : pourquoi le travail, quel est ce monde étrange, être en possession de mes moyens, est-ce seulement être capable de masquer ? Pourquoi nous agitons-nous tous, tous les jours, comme si ce que nous faisons avait un sens ?

La vie a-t-elle un sens dans ce coton étrange, ce brouillard calme ? Peut-on vivre ainsi une vie entière. Je ne souffre pas vraiment : je ne suis pas là.

Et vous, c’est comment, la maladie ?

Une réponse à « Pensées de petite maladie »

  1. Avatar de Alfred
    Alfred

    Pour moi, c’est le repos forcé. Une émotion paradoxale où je suis heureux d’être enfin coupé du monde pour une bonne raison, et une tristesse où je ne peux rien faire malgré tout, par manque de force. (La douleur, c’est autre chose, j’ai hélas appris à vivre avec en permanence)
    Mais en filigrane, une certaine colère en songeant que bon nombres de maladies sont évitables, le jour où nous stopperons la maltraitance infantile et instaurerons la Paix Perpétuelle sur cette Planète. Et le jour où les adultes arrêterons de se comporter n’importe comment avec la Nature.
    Car notre système immunitaire est fait pour que nous ne tombions pas symptômatiquement malade, il est normalement en mesure d’arrêter les toxines avant la première barrière (sauf exception génétique). Mais la condition pour que ceci advienne est que notre enfance eut été conforme à nos besoins, à la compréhension, l’amour, l’authenticité, la connaissance et le soutien, et que nous respections les lois naturelles (notamment chimiques et physiques). Or, comme nous ne cessons pas de « maltraiter » et les enfants, et la Nature, le résultat est une quantité colossale de maladies déclarées, et cela m’énerve…….
    Et en plus, nous faisons trop souvent la confusion entre le « courant » et le « normal » (autre énervement encore plus grand). Or, Canguilhem dans « Le normal et le pathologique » souligne bien que ce qui est courant n’est pas forcément ce qui est normal !!! Ce n’est pas parce que nous avons tout le temps des rhumes que cela devrait être « normal » !

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